Le mouvement du Tea-Party: du lobby au label

Tea Party : du lobby au label, à consommer et à diffuser

Le Tea Party ne se définit pas comme un parti politique classique. Il traduit avant tout la volonté de la middle class engagée et organisée qui tend vers un renouvellement des élites au sein du gouvernement et du Parti Républicain. Ce mouvement ne souhaite pas prendre le pouvoir, il est en ce sens plus proche d’un lobby[1] (pour afficher les notes en bas de page, veuillez cliquer ici) que d’un parti politique, son objectif est d’influencer[2] les partis traditionnels. D’ailleurs, à l’origine, le Tea Party se veut indépendant mais le mouvement est vite reprise par les conservateurs.

L’influence du Tea Party est notable et s’est ressentie lors des élections de mi-mandat de novembre 2010. 60 des 83 nouveaux élus à la Chambre des Représentants se réclament du Tea Party qui véhicule une crédibilité et une légitimité importante et fonctionne comme référence d’approbation morale. Le Tea Party fonctionne comme un label[3]. En arborant cette étiquette, les élus montrent leur souhait de remoralisation de la démocratie face au gouvernement Obama dont ils tentent de décrédibiliser l’image de marque[4].

La toile est un des lieux de prédilection pour l’expression des teapartiers. les reproches faits au clan Obama sont ressassés en boucle par les élus et les sympathisants[5] et Internet constitue également un endroit de surveillance constante des élus par les militants. Si les élus dévient de leurs objectifs et de l’idéologie teapartiesque, ils sont dénoncés dans l’heure sur les différents réseaux sociaux et passent sur Fox News dans la journée[6]. Les réseaux sociaux et plus généralement le web 2.0[7] permettent aux citoyens de co-construire la « marque » politique et permet d’effectuer un feedback en temps réel entre émetteur et récepteur[8].

Cette nouvelle forme d’évaluation/dénonciation des élus remet en cause le rapport entre les gouvernants et les gouvernés. La politique s’inscrit dans un schème de partage et de discussion.
Le Tea Party découle de ce glissement de la pratique politique en cyber-diffusant sa contre-opinion.

Le label « Tea Party » peut dès lors être perçu comme un « contrat de confiance » que s’engagent à respecter les élus sous peine d’être mis au ban du mouvement et décrédibilisés sur la place publique.

Il s’agit bien là d’une forme de consumérisme politique[9]. Le politicien devient une « marque » et le militant devient un consommateur. Le Tea Party en proposant un label renvoie vers une nécessité de conformisme communicationnel lui-même faisant écho à la société de consommation.
Le label se fait le porte-parole de valeurs et a pour objectif  de fédérer des identités partisanes échancrées en donnant un nouveau sens au système politique, relançant le débat avec l’électorat.

Les individus sont amenés à transposer leurs habitudes de consommateur vers cette nouvelle offre politique[10].

Logo du Tea Party

Logo officiel du Tea Party

 

Les réseaux sociaux permettent au Tea Party de diffuser sa marque politique et son label. Les militants sont enrôlés par un marketing de plus en plus participatif au service du label. En associant les électeurs aux propositions et à la participation de l’évolution du label « Tea Party », le mouvement s’inscrit dans un « marketing démocratique ». La marque politique est constamment à l’écoute du militant et se discute[11].

La présence du Tea Party sur Internet a permis de regrouper près de 1400 groupes sous la même bannière et permet de féderer virtuellement ces organisations.
Notons avec intérêt que l’attrait du label « Tea Party » retient l’attention de formations politiques en dehors des États-Unis, avec des formations de mouvements teapartiesques en Angleterre, en Italie, aux Pays-Bas et en Belgique[12].

Principaux soutiens du mouvement

Le Tea Party est soutenu par différentes figures. D’un point de vue financier et médiatique, le mouvement reçoit discrètement des aides financières de milliardaires, opposés aux réformes qui  contraignent leurs affaires comme les frères et hommes d’affaire David et Charles Koch ou encore Robet Murdoch, propriétaire du Wall Street journal et de la chaîne de télévision Fox News qui met ses équipes au service du Tea Party[13].

Les porte-voix du mouvement sont des journalistes ou éditorialistes, que l’on pourrait associer à des prédicateurs, qui officient dans de grands studios de télévision ou de radio et qui bénéficient d’une audience très importante.

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Notes bibliographiques:

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Sam Zylberberg

Historien ayant des accointances avec la sociologie, l'anthropologie, la démographie et beaucoup de choses en -ie ;)

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